Le pacte pour la transition dans le sud-Yvelines fait un point d'étape

C’est dans l’amphithéâtre que se sont retrouvés des élus yvelinois, signataires ou non de la charte pour la transition et citoyens curieux de connaître l’évolution de cette initiative un an et demi après son lancement.15 candidats aux élections municipales de 2020 avaient ratifié le pacte et ses 32 mesures concrètes en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique au niveau des communes. 4 ont été élus. La première partie de soirée est consacrée aux témoignages des élus et des associations du sud Yvelines. En préambule, un court-métrage saisissant réalisé par Yann Arthus-Bertrand, soutien du Pacte pour la Transition. Hommage est rendu à ces « centaines d’élus actifs qui ne passent jamais à la télévision ».

Thierry Convert, maire de Poigny-la-Forêt, en compagnie de deux membres de son équipe, rend compte de quelques mesures phares : la lutte pour la sobriété énergétique des bâtiments, avec la nomination d’une technicienne dédiée, l’extinction de l’éclairage public à 23 h, qui permet une économie de 20 000 € par an, le compostage des déchets de la cantine, et un premier diagnostic du gaspillage alimentaire dans le restaurant scolaire. À Cernay, Claire Chéret et Marie Muret-Morin parlent de « démocratie coopérative » avec la création de comités consultatifs et de groupes de travail, du menu scolaire co-construit avec les parents, de l’enverdissement du cimetière : « il faut accepter les herbes folles dans les communes. » Sans oublier là encore l’extinction lumineuse nocturne. Aux Essarts, on organise une fête de la nature, avec la plantation d’un arbre pour chaque naissance, un plan vélo avec la création sur la place d’un point répar vélo, le dialogue est parfois difficile avec les agriculteurs pour qui « la nature n’existe plus. ». Il va falloir « rentrer dans le dur ».

Mais d’autres municipalités non-signataires mènent aussi des actions en phase avec le pacte, un budget participatif à Rambouillet pour un montant de 200 000 €, ou la création de pistes cyclables à Bullion pour relier les différents hameaux, le recyclage des mégots, le don des restes de la cantine, et toujours l’extinction de l’éclairage public nocturne. En deuxième partie de soirée, Pierre Leroy, invité d’honneur, revient sur son expérience de maire de Puy-Saint-André (2 mandats) et de président de l’association du Pays du Grand Briançonnais, du Guillestrois, du Queyras et des Écrins, devenu depuis 2016 le Pôle d’Équilibre Territorial et Rural (PETR). Il dédicace ensuite son livre « Passage délicat, penser et panser le territoire » paru aux éditions Actes Sud. Il évoque les difficultés d’une mandature « les élus ont peur des citoyens », ces derniers passifs et préférant naguère la délégation à l’action, ont changé d’attitude, ils deviennent aujourd’hui « force de proposition » et les élus sont parfois désorientés devant une certaine agressivité dans la revendication. Pour lui, il faut miser sur « l’intelligence collective ».

L’élaboration du PLU au Puy-Saint-André a été réalisée grâce à des maquettes, des legos et du sparadrap « pour une construction politique territoriale » avec les habitants en atelier. Mais l’autonomie communale est limitée : dans la gestion des déchets 85 % des décisions sont prises au niveau de l’état. Aujourd’hui, il a passé la main « Un mandat, c’est court, deux, c’est bien, trois, c’est trop. » Il se concentre sur ses fonctions de président du pays, il aime travailler sur « l’ADN des territoires », leur histoire. Le Pays briançonnais en 1340 était une « république des escartons » et battait monnaie, après avoir racheté les droits seigneuriaux bien avant la Révolution. Aujourd’hui, on remet en état des canaux d’arrosage vieux de 1 500 ans qui éviteront d’utiliser l’eau potable à des fins agricoles. Il faut aller vers une gestion collective « mettre un mouchoir sur ce qui nous divise », d’autant que le pays doit gérer l’accueil de 150 000 réfugiés par an via l’Italie. Beaucoup de questions dans la salle, les élus se sentent confortés par une expérience aussi riche. Si « Le pays est une démarche volontariste de communautés de commune pour agir ensemble », certains affirment que « la communauté d’agglomération, c’est la bonne échelle pour l’action. »

Article de Françoise Boyer