L'esprit de la SCOP au Temps des cerises

Inscrit sur la devanture, l'organisation du restaurant en scop est une fierté pour ses salariés

Le Temps des cerises n’est pas seulement un petit restaurant convivial du XIIIème arrondissement de Paris, dont la clientèle vante le rapport qualité-prix, c’est aussi une Scop, un modèle d’entreprise à gouvernance démocratique qui gagne à être connu en France.

Société coopérative ouvrière de production » est affiché en grandes lettres blanches sur la devanture du restaurant. « On a longtemps oublié d’indiquer ‘restaurant’ tellement c’était important pour nous, » explique Guy Courtois, qui travaille au Temps des cerises depuis plus de 40 ans.

Fondé en 1976 par des musiciens, poètes, acteurs (et un cuisto) la coopérative se veut être à l'origine un lieu de vie, de réflexion, d’échanges politiques et artistiques, ancré dans son quartier de la Butte aux Cailles.

La décoration confère au restaurant une atmosphère conviviale

Aujourd’hui encore, le restaurant vibre à chaque service des conversations animées. L’étonnante devanture et la déco, toute en affiches bariolées et en meubles anciens, interpellent les clients. Mais qu’est-ce donc qu’une SCOP ?

Ici, il n’y a ni propriétaire, ni patron. Le capital appartient majoritairement aux salariés et chacun d’entre eux à le même pouvoir décisionnel en assemblée générale, quelque soit le nombre de parts qu’il ou elle détient. Fondé dans l’esprit de la Commune de Paris, à laquelle son nom fait référence, le Temps des cerises applique à la lettre le principe : une personne = une voix.

L’organisation quotidienne du restaurant a ainsi beaucoup évolué au fil des équipes. « On a tout essayé », témoigne Guy, « les tâches tournantes, en salle, en cuisine, les réunions hebdomadaires, l’égalité salariale, un gérant, deux co-gérants, … ». Les salariés sont sociétaires et décisionnaires, ils s’approprient en quelque sorte leur outil de travail.

A la carte, des produits frais à des prix abordables et même une assiette végétarienne complète depuis peu

Outre des employés plus engagés, ce modèle a souvent pour conséquence la pérennisation de l’entreprise. L’objectif premier n’est pas le profit à tout prix, mais d’éviter la revente et les licenciements. Guy Courtois l’explique ainsi : « Lorsqu’on est sociétaire, on ne peut pas faire de plus-value à la revente de ses parts donc quand les finances vont mal, on se serre les coudes : si il faut on baisse un peu les salaires, on se redistribue les heures de travail, on pioche dans nos réserves, mais on ne vire personne ».

Au moins 25 % des bénéfices d’une scop sont distribués à ses salariés (près de 45 % en pratique) et 16 % au moins (également près de 45 % en pratique) sont destinés au développement de la société ou aux périodes difficiles, comme ce fut le cas pour le Temps des cerises. « Cette année, on a eu un déficit de 70 000 €, mais on a pu puiser dans nos réserves statutaires pour rebondir », explique Guy.

Malgré la crise sanitaire, les scops françaises ont créé plus de 1000 nouveaux postes en 2020. Ces dernières années, elles ont un bien meilleur taux de pérennité que les entreprises classiques. Cette réussite démontre que de nouvelles organisations du travail sont possible, « où l’humain est valorisé avant le capital : c’est ça l’esprit de la coopérative, et ça se sent dans l’assiette, » conclue Guy Courtois.

Thomas Gaudet

Crédit photo de une : Thomas Gaudet