Remplacer les panneaux publicitaires

« La beauté sauvera le monde » peut-on lire de la plume de Dostoïevski. Une citation bien usitée qui a connu un franc succès. Peut-être l’avez-vous déjà aperçue ? Ce que l’on peut oublier toutefois, c’est le contexte dans le lequel cette citation apparaît.

Attribuée au Prince Mychkine dans L’Idiot, elle nous vient sous forme interrogative : « Est-il vrai Prince, que vous avez dit que la beauté sauvera le monde ? ». Elle sera d’ailleurs très vite portée à la critique : « Mais quelle est cette beauté qui sauvera le monde ? ».

Si vous vous demandez, vous aussi, quelle est cette beauté qui sauvera le monde ; je me permets une première réponse en négatif, et en photo.

 

Photo tiré du journal local républicain lorrain

 

Accordons-nous, sur le fait que ce paysage est laid. Il est affreux. Il nous écœure quand nous passons en voiture, déprime nos débuts de journée. Si un amoureux vous propose un rendez-vous dans le secteur, vous n’êtes plus amoureux du tout.

Ce n’est pourtant pas faute de manquer de moyens. Vous apprendrez ici que les dépenses publicitaires représentaient 1,5% du PIB mondial en 2019 et là que les entreprises en France dépensent autant en publicité qu’en recherche et développement.

Imaginez qu’avec un tel investissement vous ayez si peu le souci de l’esthétique ? Si c’est le cas, merci de ne jamais m’inviter chez vous.

A contre-courant heureusement, nous avons Grenoble. Cette municipalité, suivant l’exemple de Forcalquier, a décidé, en s’asseyant sur les ressources liées à l’affichage publicitaire, de faire disparaître ces horreurs de sa ville. Elle les fait même remplacer par des arbres.

Cette beauté qui sauvera le monde n’a-t-elle pas plus de chance d’avoir un tronc en bois qu’un feuillage sur-éclairé ? Qu’est-ce qui nous empêcherait sinon de remplacer la surexposition de promo bidon à celle, par exemple, de véritables œuvres artistiques ?

Un arbre, un tableau, une photo. Voilà peut-être une beauté qui sauvera notre journée.

 

Emile Thiodet

 

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