Des fondement solides pour la décroissance

Le point de départ d’une critique de la croissance c’est la prise de conscience que son succès tient à l’extension de son emprise. Au départ, elle est juste un concept économique (dont l’indicateur est le PIB[1]) ; mais ce dernier est devenu un monde et une idéologie.
Cela parce qu’il repousse toujours plus loin la mainmise que l’économie *[2] exerce sur la totalité des sociétés alors qu'il ne devrait être qu’un pan de la vie sociale.

Nos sociétés ne sont pas seulement obnubilée par la croissance, elles sont des sociétés            de croissance. 
Le PIB est devenu une « idéologie » parce qu'il est légitimée par tout une série de discours – sociologie, psychologie, anthropologie et même morale qui font passer le concept de  croissance du statut d’indicateur à celui de boussole universelle. 
C’est dans le contexte de la fin de la seconde guerre mondiale, celui des plans de relance économique et de la course entre deux blocs que la croissance du PIB devient un     indicateur de  bonne santé économique[3]. Certes la filiation philosophique remonte aux XVIIIe et XIXe siècles avec David Hume,          Adam Smith et John Stuart Mill notamment. Mais le succès de son extension tient principalement au fait historique qu’il accompagne « les trente glorieuses »[4].

Si la croissance est un concept, un monde et une idéologie alors sa critique devra articuler      une critique économique, une critique politique et une critique idéologique[5]. Autant de défis que la décroissance peut relever en assumant d’apparaître comme       une décrue (économique), une décolonisation (idéologique) et même une utopie (politique). 
En fait, il n’y a là que des bonnes nouvelles : Qui a déjà connu une inondation sait le bonheur quand le cours d’eau retourne dans son lit. Aujourd’hui la croissance économique déborde les capacités écologiques planétaires. La décroissance est cette décrue.
Idéologiquement, la décroissance s’inscrit dans le courant historique pour l’émancipation (et la décolonisation). C’est pourquoi une décrue économique ne sera désirable et acceptable que si elle est démocratique.

Politiquement, nous essaierons de montrer comment la décroissance pourrait se définir      comme un socialisme du XXI ème siècle. Si l'écologie fournit le cadre, le socialisme fournit le projet. 
C’est pour affronter ces défis et ces promesses que (première partie) nous distinguerons deux types d’idées reçues – celles qui viennent des critiques et celles qui viennent des partisans – et que (deuxième partie) nous formulerons des propositions sous la forme de déclinaisons*               de la décroissance. 

Fleur Bertrand-Montembault , porte-parole de la Maison commune de la décroissance 

Extrait du livre de la Maison commune de la décroissance « La décroissance et ses déclinaisons. Pour sortir des clichés et des généralités ». 

Pour le commander : https://ladecroissance.xyz/librairie/

[1]L’indicateur du Produit Intérieur Brut (PIB) agrège les valeurs ajoutées produites par des unités de production, il mesure grosso modo la richesse produite par une nation

[2]Les astérisques * renvoient à un terme défini dans le glossaire.

[3]Louis Marieke, « Aux origines de la croissance », La Vie des idées, 29 07 2016.URL : https://laviedesidees.fr/Aux-origines-de-la-croissance.html.

[4]Céline Pessis, Sezin Topçu, Christophe Bonneuil (dir.), Une autre histoire des « Trente Glorieuses » (La Découverte, 2013).

[5]Le politique renvoie à l’organisation et aux finalités de la cité ; l’idéologique renvoie à un imaginaire social.

 

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