THÉÂTRE SALVATEUR AU COLLÈGE STÉPHANE MALLARMÉ

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© Illustration : Victoria Mouton

Le jeudi 31 mars, j’ai rencontré Thaïs, professeure de français et de théâtre au collège Stéphane Mallarmé à Marseille. Elle enseigne depuis bientôt 10 ans à des élèves faisant partie de la gradation REP + (Réseau d’Education Prioritaire : l’ancienne ZEP), à cause de difficultés familiales ou scolaires rencontrées.

Thaïs pratique le théâtre depuis ses 6 ans de manière intense, avec des troupes, puis s’arrête quand elle part étudier pour devenir professeure. En voyant ses élèves réciter debout devant leurs tables les tirades du programme officiel, elle tilte : ce n’est pas ça, le théâtre. La transformation commence : on pousse les tables, on crie haut et fort son texte dehors les jours de beau temps.

Le théâtre redevient alors ce qu’il est vraiment : un banc d’école qui devient bâteau, des personnages qui vivent une histoire devant nos yeux. Ce nouveau monde prend place dans des clubs entre midi et deux, et puis grandit jusqu’à devenir une classe spécialisée à horaires aménagés, avec des cours dispensés par des professeur.es du Conservatoire. On traduit des textes de Corneille pour mieux les comprendre et les apprendre, on va voir des pièces de théâtre, on travaille le style clown, on s’entraîne à exprimer ses émotions.

- “Mais on travaille là madame ?

- Eh bien, est-ce que tu es en train de réfléchir?

- Oui

- Est-ce que tu es en train de t’interroger sur ce que tu ressens, est-ce que tu es en train de chercher du vocabulaire pour déterminer ce que tu analyses ?

- Oui

- Alors c’est du travail"

Collège Stéphane Mallarmé
Jeunes du collège Stéphane Mallarmé

C’est un petit cocon de bienveillance qui s’est développé au collège Stéphane Mallarmé. Ici, c’est toute une déconstruction de la notion du travail se met en place, mais aussi un espace propice au développement de la confiance en soi, de sa posture ou de son talent au sein d’un groupe.

“J’ai conscience de la chance que j’ai qu’ils se dévoilent à moi lors des séances de théâtre. J’ai leur confiance et je ne veux pas les trahir. C’est pourquoi il est important pour moi que lorsqu’on rentre au plateau -de théâtre- on se sente en sécurité, soutenu.es”

Face aux textes difficiles, le rejet de ses élèves laisse place à la fierté de les connaître par cœur et à la capacité de les interpréter.

“C’est les respecter que de leurs dire qu’ils sont capables d’aller vers l’exigence”

C’est aussi un nouveau fonctionnement qui s’installe entre professeur.es : “toi tu aimes la séquence théâtre, moi je préfère la poésie, et si je prenais tes élèves et toi les miens pour ces séquences ?”

Proposer une autre vision que l’école comme autoroute vers le travail, c’est aussi habituer les élèves à des pratiques non marchandes. En plus des cours et des sorties au théâtre, Thaïs a mené le projet De La Terre à La Mer, pour emmener ses élèves dans les calanques et sur l’île du Frioul. L’objectif est de les sensibiliser au monde physique et de prendre conscience de la nature autour d’eux. “Ils m’en parlent encore”

Collège Stéphane Mallarmé
Pièce de théâtre au collège Stéphane Mallarmé

Mais sur la question de leurs rapport à la consommation, elle reste encore très réservée : ils/elles sont encore très influencé.es par des modèles économiques de surconsommation diffusés dans les médias, notamment par les influenceurs et influenceuses. La réussite est toujours bien malheureusement mesurée selon la richesse matérielle possédée. “Seulement très peu d’entre eux sont intéressés par autre chose que le dernier portable sorti ou d’avoir une Audi plus tard.”

Le théâtre les aide telle la goutte d’eau du colibri à s’ouvrir et à se développer en tant qu’individus indépendants, mais ce n’est pas suffisant. “Nous nous battons tous les jours avec les autres professeur.es pour leur montrer autre chose, mais les parents eux-mêmes sont dans ce modèle, contractant parfois des crédits à la consommation pour acheter le dernier Iphone à leurs enfants, alors qu’ils sont au RSA… Comment les faire avancer dans ces conditions ?”

Malgré l’influence toujours présente de la société de surconsommation, de nouvelles graines sont plantées tous les jours grâce à Thaïs et au théâtre au collège Stéphane Mallarmé, et les fleurs qui poussent au cœur de ces élèves leur donnent indéniablement une chance d'envisager une autre vie enrichissante.

 

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