Grenoble en Transition

Enchâssée dans les Alpes françaises, Grenoble est un laboratoire de ville en transition écologique. Cette métropole, guidée par une série de politiques environnementales ambitieuses et une forte volonté de participation citoyenne, cherche à modeler un avenir durable, mais se confronte à son environnement capitaliste.

Ecoquartier de Bonne by Bertrand Marion
Écoquartier de Bonne © Bertrand Marion / Wikimedia Commons

À l'élection d'Eric Piolle en 2014, Grenoble avait déjà une longue histoire en matière d'écologie, remontant à l'époque d'Hubert Dubedout (1965-1983), initiateur du quartier de la Villeneuve, une cité-jardin avec un parc de 18 hectares sans voiture.

Grâce au lanceur d’alerte Raymond Avrillier, Alain Carignon, maire UMP de 1983 à 1995, ne parviendra pas à privatiser les eaux et l’énergie de Grenoble. Gaz et Électricité de Grenoble (GEG) toujours sous giron public aujourd’hui, couvre, depuis 2022, l’équivalent de la consommation des grenoblois en énergie renouvelable.

Sous Michel Destot (1995-2014), Grenoble a transformé une ancienne caserne en écoquartier, pionnier dans le pays. Labellisé en 2009, ce quartier compte aujourd’hui près de 40 % de logements sociaux, pour favoriser la mixité sociale. Il trace la voie pour trois autres écoquartiers.

Participation citoyenne

Mais l’écologique n’est pas que l’affaire des édiles. Dans la logique des villes en transition, la participation citoyenne est un aspect central de sa transformation. Dans sa volonté d’associer les habitants aux décisions, Grenoble a instauré les “conseils citoyens politique de la ville” (CCPV) et un budget participatif. Depuis 2016, 25 millions d'euros ont été alloués à ce budget, avec plus de 1 000 projets citoyens. L’agglomération soutient également les initiatives communautaires à travers le Fonds de Participation des Habitants. Les citoyens ont la possibilité d'interpeller les élus sur des sujets d'intérêt public. Elle organise aussi régulièrement des évènements, pour sensibiliser, et faciliter le dialogue entre habitants.

C’est un groupe citoyen qui lance le Cairn à l’automne 2017. Une monnaie locale pour « favoriser la transition écologique, soutenir l’économie locale et résister à la spéculation », indique l’association. Dès son lancement, le Cairn est soutenu par la ville, qui y associe plusieurs services. La même année, un accord est signé pour que la municipalité puisse payer les indemnités des élus, les salaires des agents, les subventions aux associations et ses fournisseurs, en Cairn. En 2020, le Cairn était adopté par 330 professionnels locaux en plus de la mairie, mais depuis 2022 l’association qui gère cette monnaie est en difficulté comptable.

Depuis 2015, la ville cherche également à réduire la publicité de son espace public, soutenant ainsi une forme de déconsommation. Sept ans après, en 2022, la publicité est interdite sur près de 90 % de son territoire. Seul JCDecaux fait encore de la résistance avec ses abribus, autorisés jusqu'en 2031.

En transition

À première vue, cette participation citoyenne ne fait pas baisser l’abstention. En 2020, Grenoble a battu des records, avec 64 % d’abstention au 2ᵉ tour des municipales. 6 points de plus qu’au niveau national qui, avec un score faramineux de 58 %, était déjà qualifié d’anomalie historique. Mais « nous sommes parmi les seuls avec la liste Grenoble en Commun à avoir augmenté le nombre de votant-es entre 2014 et 2020, ce qui montre qu'il y a un vrai élan à Grenoble », se défend Eric Piolle. C’est surtout l’opposition qui, selon lui, ne réussit pas à mobiliser ses troupes.

Le vote à l’extrême est-il influencé par la démocratisation de la ville ? Au 1ᵉʳ tour des présidentielles, Le Pen et Zemmour cumulent 15,5 % des voix. Bien en deçà de leur score national (32%). Et même au 2ᵉ tour, Marine Le Pen ne réalise à Grenoble que 17,5 % des voix. Un chiffre qui peut surprendre au regard des critiques sur la sécurité à Grenoble.

Pour autant, la qualité de vie à Grenoble semble élevée. Selon le palmarès alternatif du magazine Alternatives économiques, ce serait la ville la plus agréable de France. Un avis qui diffère au Journal du dimanche qui la classe en 164ᵉ position, mais peu de celui des habitants. 65 % y sont bien ou très bien, selon une étude ARGOS pour la ville de Grenoble, et seulement 11 % s’y sentent mal ou très mal.

Grenoble bénéficie aussi d’un taux de chômage en baisse depuis 2016 quand il était à 8,4 %. Avec 6,1 % en 2022. Un chiffre qui est inférieur à la moyenne nationale (7,3%). Mais au regard de l’Insee (qui comptabilise toutes les personnes cherchant un emploi) il passe au contraire de 12,6 % en 2008 à 15 % en 2022, contre 13 % de moyenne nationale. Un décalage qui peut s’expliquer par une forte proportion d’emplois précaires : 23 % des travailleurs Grenoblois, contre 15 % en moyenne nationale.

Les progrès sont freinés par les politiques régionale et nationale, selon la mairie. « Le Département est dirigé par LR, ainsi que la Région, dont le président est Laurent Wauquiez. Et le pays est dirigé par Emmanuel Macron, qui ne brille pas pour son enthousiasme à réduire les inégalités et répondre aux objectifs des Accords de Paris. » Mais c’est aussi, sans doute, que Grenoble n’a pas encore bien tranché entre un projet de décroissance et sa place dans un univers capitaliste. 34 % des visiteurs de l’écoquartier de Bonne y vont pour « faire des achats dans le centre commercial. »

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